2.- L'action des promoteurs à Bry-sur-Marne

Après l'étude du positionnement de notre ville sur le logement social entre le respect dû à la loi SRU et la surenchère à laquelle cette loi est le prétexte (voir l'article précédent), nous poursuivons notre tour d'horizon de la politique mise en place par nos élus par l'observation des effets de notre PLU sur les constructions privées réalisées par les promoteurs présents à Bry. Ce texte date de janvier 2010.

L'ACTION DES PROMOTEURS À BRY-SUR-MARNE.

Ce qu'une ville a de plus précieux est certainement son image. Celle-ci met des années et même des décennies à se construire, mais peut se trouver mise à mal en peu de temps si nous n'y prenons pas garde. Auquel cas le processus risque bien d'être alors irréversible. Jusqu'à présent notre attractivité s'explique essentiellement par la qualité de notre environnement et par la tranquillité de notre ville qui a su conserver une taille humaine.

La diversité du paysage urbain.
La présence de monuments anciens, dont la préservation est souvent le résultat d'une démarche volontariste, fait partie de cette qualité de notre cadre de vie. La diversité de son espace bâti également. C'est ainsi que nos rues offrent le spectacle de maisons de caractère très varié. Elles témoignent de notre histoire locale. Sans parler du centre ville plus ancien, c'est à partir de la deuxième moitié du XIXème siècle que les coteaux et les quartiers de la plaine ont été peu à peu transformés en lotissements. Entre les maisons de maître du Second empire dont quelques unes subsistent encore et les pavillons des années cinquante, caractérisés par leurs bandeaux de ciment autour des ouvertures, toute la gamme est représentée, avec les demeures marquées par la polychromie des façades en vogue au début du siècle dernier et celles des années vingt, signalées par l'esprit « Art déco ». Non pas que chacune de ces maisons soit toujours remarquable en tant que telle mais c'est leur ensemble qui, par sa variété, fait tout le charme. Ajoutons ici ou là quelques maisons dites « d'architecte » plus récentes. Elles proposent leurs formes peu ordinaires aux promeneurs et stimulent les appréciations.

Ce qui se construit aujourd'hui.
Un autre type de maisons s'y est ajouté récemment. Fonctionnels, pratiques, clairs, ces pavillons, grosses maisons ou parfois immeubles n'ont pu échapper à l'attention des Bryards tant ils se répandent partout dans la ville. Ils offrent un profil standardisé, un peu « cubiste » si l'on veut, sans volonté péjorative, puisque ce mot renvoie à un mouvement pictural célèbre, d'ailleurs illustré dans l'entre-deux guerres par de grands architectes. Pour prendre une image très proche géographiquement de nous, et que comprendront les Bryards, on peut dire que ces constructions nouvelles sont à l'architecture ce que certains meubles de série sont à la décoration intérieure...

Ce qui fait débat.
Où est le problème ? S'il n'y avait que quelques échantillons de ces constructions çà et là de par la ville, chacun prendrait acte de l'apparition d'une nouvelle forme architecturale à Bry, dont l'appréciation amènerait son lot de critiques, d'indifférence ou d'admiration, comme toujours... Le problème est ici une question de quantité. Trop, c'est trop. Ces nouvelles constructions, au lieu d'ajouter à notre diversité, en retranchent, car on ne compte plus le nombre de pavillons de toutes sortes démolis au profit de ces édifices. Et c'est d'autant plus regrettable que Bry compte peu de logements anciens : 17% seulement du bâti date d'avant 1948 contre 29% dans le Val-de-Marne ! L'uniformité et la reproduction des mêmes formes gagnent du terrain au point que certaines sections de nos rues évoquent davantage une « ville nouvelle » sans âme qu'une commune riche de sa diversité. Et c'est cela qui fait débat.

Un regard architectural.
Au point que, lors des dernières rencontres organisées par la municipalité dans le quartier de la Pépinière cet automne, une des personnes présentes a mis en avant la notion de regard architectural pour demander à ce qu'elle soit prise en charge par la mairie. Utiliser cette notion permettrait d'éviter non seulement l'appauvrissement de notre paysage urbain dans le sens de cette banalité architecturale qui menace de s'étendre, mais d'éviter aussi ponctuellement l'implantation de certaines formes architecturales lorsqu'elles ne sont pas très heureuses par rapport à l'existant. Ces notions de regard architectural et d'implantation ne semblent pas saugrenues à l'heure où notre PLU s'orne de pages très savantes rédigées par le CAUE (Conseil d'architecture, d'urbanisme et d'environnement). Ces pages sont du reste consultables sur le site de la ville de Bry. On y trouve des recommandations pour le traitement des façades et des volumes, dans le but de restituer le cachet de certaines maisons maltraitées par des ravalements abusifs ou des extensions peu harmonieuses. Ces recommandations, du type de celles du CAUE, ne doivent-elles pas inspirer une politique urbaine plus attentive aux projets des promoteurs ?

D'autres réalités.
L'étroitesse de la plupart des voies à Bry frappe le promeneur. Pour en trouver la raison, il faut revenir aux conditions du morcellement des terrains faisant à l'origine partie du domaine du château de Bry. Les principaux lotissements ont été réalisés en 1859 et en 1897 à l'initiative de promoteurs dont les logiques, lorsqu'elles sont hors contrôle, sont les mêmes que celles de nos jours, à savoir la recherche du profit maximal et l'insensibilité à toute notion de bien public. La voirie a donc été le plus souvent sacrifiée au profit de la taille des parcelles mises en vente, dont le prix est directement fonction de la superficie. Nous avons hérité de cette situation. Sauf à décréter un recul général des limites des propriétés de quelques mètres, nous ne voyons pas comment cela pourrait changer. C'est la raison pour laquelle les piétons doivent se contenter de trottoirs étroits, d'une largeur souvent comprise entre un mètre et un mètre cinquante, rendant impossible la progression de front, d'autant plus que la présence de lampadaires, de poteaux électriques et téléphoniques, d'armoires laissées en place par le défunt programme de câblage de la ville, restreignent encore le maigre passage.
L'étroitesse de la chaussée obéit à ce schéma d'ensemble. Les véhicules peuvent difficilement se croiser et le stationnement ne peut se faire que d'un côté. Tout cela pour en venir à notre étonnement de voir la densification de nos quartiers s'accélérer sans que soit prévus de garde-fous. Les urbanistes ont depuis longtemps réfléchi à ce problème et il ne faudrait pas oublier certaines règles de base évidentes, apparemment ignorées ici, comme celle qui stipule que la hauteur des édifices doit être fonction de la largeur des voies. Le premier texte règlementant ce rapport date de...1783 et concerne Paris. Il visait à mettre fin à des siècles d'anarchie et obligeait en outre les rues à respecter une largeur minimale de 10 mètres, ce qui condamnerait, soit dit en passant, beaucoup de rues bryardes...

La municipalité et les promoteurs.
Le rôle d'une municipalité doit-il se cantonner à celui de simple spectateur de ce mouvement qui conduit les propriétaires des terrains à privilégier leur exploitation intensive, à densifier les espaces et à congestionner le trafic dans les rues ? Si rien ne vient freiner ou raisonner la spéculation immobilière, les espaces verts seront peu à peu sacrifiés au profit d'immeubles ou de gros pavillons, chacun peut en être témoin dans les différents quartiers de notre ville. Ces préoccupations écologiques, pourtant si en vogue actuellement, semblent étrangement absentes de la réflexion sur ces transformations de notre environnement, hormis quelques recettes de détail. Il est également toujours regrettable d'assister à une situation de monopole architectural dans une ville. Il faudrait que la diversité soit plus présente sur la place. Tout cela est récent : l'essor de ces constructions standardisées date du moment du remplacement du défunt POS par l'actuel PLU, c'est-à-dire autour de 2006.
Il est à craindre qu'entre son « chez-soi », c'est-à-dire sa maison ou son appartement, et la métropole parisienne en général, l'image de Bry et de ses quartiers ne vienne à disparaître, entièrement absorbée par la grisaille de la banlieue...

Le secteur du bâtiment et le service de l'urbanisme.
Dans ces conditions, il devient alors capital que des contre pouvoirs puissent s'exercer afin d'éviter les dérives, et ceux-ci ne peuvent provenir que des services municipaux, dispensateurs des permis de construire. Ils doivent veiller au bon respect des règles édictées par le PLU, précisément en matière de vues directes, de mitoyennetés, de respect des permis de construire et de présence des panneaux pendant toute la durée du chantier. La pression des promoteurs, par nature toujours désireux d'aller vite, est souvent vive et il n'est jamais agréable d'être mis devant le fait accompli. Par exemple, et cela s'est vu, la construction d'un pavillon ne devrait pas pouvoir bénéficier d'un permis tacite, cette procédure n'étant envisageable que pour des modifications de détail. Il faudrait aussi éviter d'arriver à une situation où le recours à des permis rectificatifs viendrait couvrir trop facilement les modifications apportées au permis initial. Les documents d'urbanisme devraient être immédiatement communicables.

Le secteur du bâtiment et les riverains.
A cette rencontre de quartier à laquelle il a été fait allusion plus haut, les pratiques des sociétés immobilières ont fait l'objet de nombreuses prises de parole. Il semble bien que les pratiques des responsables des chantiers par rapport à leur voisinage ne soient pas toujours à la hauteur de la réputation de sérieux et de professionnalisme qu'ils recherchent sans doute. Cela peut trouver une manière d'explication, sans être une justification naturellement, dans le fait que ces Messieurs souffrent peut-être d'une déformation professionnelle. On sait en effet que le bâtiment connaît des conditions et des relations de travail plus rudes que dans d'autres secteurs au point qu'elles sont devenues des objets d'étude de la part des sociologues. Signalons ici l'existence d'un ouvrage intitulé « Chantier interdit au public - Enquête parmi les travailleurs du bâtiment », couronné du prix « La ville à lire » de France Culture et de la revue Urbanisme paru récemment aux éditions « La Découverte » et qui est édifiant à cet égard. Nous y renvoyons le lecteur. Il ne faudrait cependant pas que ces façons d'agir se banalisent avec les riverains, même si certains d'entre eux n'ont pas l'heur de plaire à ces Messieurs. Rappelons que la police municipale de Bry n'est, comme toutes les autres polices municipales, pas habilitée à recevoir les plaintes.

Le mécénat dans la ville.
L'apparition de mécènes dans une ville est toujours une bonne nouvelle. Leur désintéressement est une qualité qui gagne à être encouragée. C'est ainsi que certains domaines sportifs à Bry ont la chance d'avoir su les attirer et chacun s'en réjouira. Nous aussi cherchons depuis deux ans pour la villa de la Place du Parc le ou les généreux donateurs qui pourraient épauler la municipalité en vue de parvenir à la sauvegarde de ce site. Sans succès pour l'instant, mais il ne faut jamais désespérer, dit-on...
La médaille peut avoir son revers, comme toutes les choses humaines et d'une façon générale, il ne faudrait pas que la présence d'un acteur privé, quel qu'il soit, devienne obsédante et prête le flanc à la moquerie de ces petites villes placées sous la dépendance d'un protecteur devenu un peu trop puissant, auquel on se serait donné sur un coup de tête, pour reprendre un thème jadis porté à l'écran.

Encore un mot sur notre PLU.
Paradoxalement, notre document d'urbanisme est ainsi réglé qu'il favorise les projets des démolisseurs. Il est toujours très difficile à un simple particulier de finaliser la création ou l'agrandissement d'une dépendance, car il est cerné par de multiples contraintes de hauteur et de limites séparatives. Ces restrictions au désir de s'agrandir peuvent apparaître légitimes mais elles étaient mieux acceptés à une époque, celle du POS, où les difficultés étaient les mêmes pour tous. Aujourd'hui, il semble bien qu'il soit plus facile de tout raser et de reconstruire, même sur de toutes petites superficies, que de procéder à des aménagements. Le bénéficiaire est toujours le même acteur. Cela devient lassant. Les maisons ne sont pas des automobiles. Elles n'ont pas vocation à bénéficier d'une « prime à la casse »!

Au-delà des pratiques de tel ou tel promoteur, notre ville a surtout besoin d'une vision d'ensemble. Ce qu'il lui faut, c'est un aménagement du territoire (1). Les pratiques « pointillistes », en vigueur actuellement, fonctionnant au coup par coup, sont comparables à un mitage (3) et ne nous paraissent pas aller dans le bon sens.
                                                                                                                                                                                                                           Emmanuel Copin, 25 janvier 2010.

(1) Aménagement du territoire : action volontaire et réfléchie d'une collectivité sur son territoire. Par exemple, à propos de ses espaces verts.
(2) Mitage : ce mot emprunté au vocabulaire de la géographie signifie : « éparpillement des constructions dans le paysage ».


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