3.- Le gymnase Léopold Bellan

Le gymnase Léopold Bellan a été inscrit récemment à l'Inventaire des Monuments historiques. Mais tout n'est pas réglé pour autant. Un article paru en mai 2009 dans la lettre n°2 de l'association.

QUE DEVIENT LE GYMNASE LÉOPOLD BELLAN ?

Ce gymnase, situé presqu'à l'extrémité de l'avenue de Rigny, fait partie d'un ensemble autrefois fondé par un philanthrope parisien bien connu à Bry, Léopold Bellan. Né en 1857, il fonde dès 1884 sa première institution, la Société d'enseignement moderne pour le développement de l'instruction des adultes, l'autrefois fameuse S.E.M. (Sigle visible sur les grilles en fer forgé du gymnase).
Cette société devient en 1918 l'association (aujourd'hui fondation) qui porte son nom et qui est à l'origine de plusieurs établissements encore présents sur le territoire de notre commune. C'est pour cette raison que Léopold Bellan est honoré d'une rue à Bry. Il en est de même à Paris. La capitale en effet avait décidé, dès 1937, c'est-à-dire l'année suivant sa mort, de dédier une rue du 2ème arrondissement à sa mémoire, dans le quartier où il avait été conseiller municipal. Un grand hôpital du 14ème arrondissement porte également son nom. C'est dire la notoriété du personnage.

Le gymnase que nous connaissons à Bry était à l'origine partie d'une « École d'éducation physique et de préparation militaire » dont les différents bâtiments ont depuis disparu. Il se présente sous la forme d'un vaste bâtiment rectangulaire constitué d'une structure métallique, mais cachée derrière un habillage de façades de pierre. En effet, à la manière de ce qui avait été réalisé au Grand Palais à Paris peu de temps auparavant, il a été décidé de camoufler cette structure de fer derrière un écran de pierre évoquant un arc de triomphe. On n'osait plus afficher en extérieur la modernité du métal. Le gymnase a été inauguré en 1913, en grande pompe. Des cartes postales anciennes conservent le souvenir non seulement de la cérémonie mais aussi du chantier en construction, signe de la conscience qu'on avait alors de bâtir un monument hors du commun. L'architecte n'est pas un inconnu. Théodore Petit est l'auteur de plusieurs immeubles parisiens et il a édifié également, toujours pour le compte de Léopold Bellan, un ensemble composé de deux salles de spectacle dans le 8ème arrondissement, dont l'un est l'actuel théâtre Tristan Bernard.

Pour la structure métallique, les ingénieurs ont appliqué un principe mis au point la première fois en 1878 pour la galerie des Machines de l'Exposition universelle de Paris, construite alors sur le Champ de Mars, devant l'École militaire, puis démolie par la suite. Une partie de la structure provenant de cette galerie a été récupérée et remontée à Meudon et a servi d'hangar à dirigeables. C'est là que Jean-Pierre Jeunet, le réalisateur du film « Un long dimanche de fiançailles », a tourné une scène dramatique. Ceux qui ont vu le film doivent s'en souvenir. Notre gymnase est donc un témoin essentiel des possibilités techniques permises par l'emploi de poutrelles de fer, deux décennies après la construction de la tour Eiffel. Le gymnase de Bry a ainsi l'immense mérite de présenter non seulement une voûte métallique analogue à celle de 1878, mais encore d'être « in situ », puisqu'il occupe son espace d'origine. Le procédé de construction est bien adapté à un gymnase puisqu'il rend inutile la présence de piliers centraux, permettant ainsi la pratique sportive sans entraves.

Ce gymnase a longtemps servi de court de tennis. Cette utilisation a eu le mérite de préserver le bâtiment et d'éviter ainsi sa détérioration et ainsi, de moins tenter les démolisseurs. De fait, situé non loin de la gare R.E.R. de Bry, l'emplacement a suscité longtemps bien des convoitises qui n'ont disparu qu'avec la mesure d'inscription d'urgence du site par les services du ministère de la Culture, tout récemment. L'arrêté date du 26 novembre 2008. Nous pouvons le dire : le monument l'a échappé belle. C'est pour lui une renaissance et un soulagement : il n'y avait pas que des bonnes fées autour de son berceau.

Il faut maintenant être très vigilant sur le devenir de son espace intérieur. Monsieur le maire a prévu un « réaménagement du gymnase » lors de son discours de prise de fonctions, consécutive à sa réélection, le 15 mars 2008.
En effet, si l'édifice a été sauvé par l'intervention du ministère, ce n'est pas essentiellement pour son aspect extérieur, qui trouve plus facilement son équivalent ailleurs, mais bel et bien pour son espace intérieur, c'est-à-dire cette structure métallique dont la description occupe la page 84 de l'ouvrage édité par le Patrimoine de la Région Ile-de-France et consacré aux richesses artistiques de notre ville, celui-là même qui présentait l'intérêt de la grande villa de la place du Parc promise à la démolition. Rappelons que cet ouvrage « Bry et Champigny dans les méandres de la Marne » est spécialement édité en direction des décideurs locaux de façon à leur indiquer les monuments à préserver afin de les inscrire au Plan Local d'Urbanisme. Nous regrettons vivement qu'il n'en ait rien été à Bry, malgré l'opportunité de la révision toute récente de ce PLU, en septembre 2008, et ce, en dépit de nos efforts incessants. C'est l'un des objectifs majeurs de notre association. Nous pouvons en être fiers.

Or, un projet cherche à transformer l'intérieur de ce gymnase par la division de son espace en trois niveaux. C'est ainsi qu'un entresol, situé directement sous la voûte, ferait disparaître celle-ci sous un compartimentage de petites salles destinées, d'après nos informations, à des activités municipales. La situation de ce gymnase, à la limite de Bry, ne milite guère en faveur de cette hypothèse. Nos lecteurs savent l'existence d'un autre endroit, bien plus central... Nous renvoyons ceux qui l'auraient oublié à notre lettre sur les espaces verts parue en avril 2009.
Il est également prévu de creuser en profondeur pour créer un troisième niveau. La transformation en gruyère de l'espace central ne répond pas non plus à la demande en infrastructures sportives de notre ville, puisque la hauteur sous plafond limitée à 4 mètres par le projet ne permettra pas la pratique de jeux collectifs.

Il faut être particulièrement attentif au maintien des peintures présentes à l'intérieur, portant le nom de lieux qui font partie de l'histoire de France et qui datent de cette époque où notre pays avait perdu l'Alsace et la Lorraine. Évoquer ainsi la guerre de 1870 contre la Prusse n'est pas de pure rhétorique pour la mémoire locale. Lors du siège de Paris, le principal effort pour desserrer l'étau s'est traduit par une bataille livrée à Champigny et à Bry. En témoignent les noms de plusieurs de nos rues, parmi lesquelles celles du 2 décembre 1870 (date de la bataille), du 136ème de ligne, du 4ème de Zouaves (troupes engagées), de Franchetti et de Podenas (officiers tués). Le centre ville, bombardé, n'était plus qu'un champ de ruines lors de la cessation des hostilités. C'est donc une page significative de notre histoire, à laquelle se rattache également le souvenir des anciens Bryards puisque c'est à cet endroit que se tenaient autrefois les cérémonies de remises des prix aux enfants. Rappelons également qu'un monument aux morts situé à proximité du gymnase est lui aussi protégé par l'arrêté du ministère. Il a été érigé spécialement en mémoire des élèves tués lors de la guerre 1914-1918. Il s'agit des élèves sportifs qui avaient fréquenté la section de préparation militaire dans le cadre de la S.E.M. voulue par Léopold Bellan comme indiqué sur la façade du gymnase. Il y a donc une logique entre la sauvegarde des cartouches peints contenant le nom des batailles et ce monument.

Soyons clairs. Il ne s'agit pas d'empêcher la réutilisation de cet ancien gymnase. Il faut effectivement lui trouver une destination pour lui assurer une nouvelle vie. S'il faut entresoler, au moins que ce soit fait intelligemment, de façon à ne pas nuire au volume intérieur. Nous ne sommes pas sûrs que le projet actuel soit suffisamment mûri. Nous trouvons donc sage de voir le budget municipal 2009 ne pas mentionner le gymnase Léopold Bellan dans la liste des principaux investissements 2009.

Ce que les bulldozers n'ont pu démolir ne doit pas être dénaturé par des projets menés sans discernement. Nous espérons un démenti.
Emmanuel Copin, 18 mai 2009.

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LE RETOUR DES VANDALES... À BRY-SUR-MARNE

Si la lecture du mensuel municipal « la Vie à Bry » fait partie de vos habitudes, peut-être avez-vous été amené récemment à parcourir un article intitulé « Le serpent Bellan », signé d’un ancien Maire-Adjoint en charge des Sports du nom de Philippe Quénot. Sinon, et pour la compréhension de ce qui va suivre, nous vous invitons à vous reporter au dernier numéro de cette revue locale, daté du présent mois de novembre, à l’espace réservé aux différents groupes politiques représentés au sein du conseil municipal sous l’intitulé de « La parole aux élus ».


En guise d’introduction, Philippe Quénot indique vouloir mettre « son expérience et son expertise » au service de la réflexion « des élus et militants. » [...]
Mais quel but poursuit notre expert ? La liquidation du gymnase Léopold Bellan tout simplement. Au profit de quoi ? Un parking ! « Le parking à l’intérieur de l’enceinte est trop petit pour le club de tennis » argumente-t-il. Et il y tient: « Aucun autre espace ne peut voir le jour dans ce quartier pour un nouveau parking ». Vous avez donc bien lu... un parc de stationnement, autrement dit la négation absolue de toute forme d’art ou simplement d’esthétique, et ce au nom d’une conception, très « années 70 », de la civilisation automobile aujourd’hui universellement rejetée.

On ne peut qu’être saisi devant l’outrecuidance de cet expert qui balaie de façon si méprisante les raisons qui ont conduit à son inscription à l’Inventaire des monuments historiques par la Direction régionale des affaires culturelles.
Or, selon cet élu, c’est bel et bien la protection dont jouit le monument qui pose « problème » ! Et d’égratigner à ce sujet l’action d’un de ses anciens collègues, dont le principal tort aujourd’hui semble être de ne pas appartenir au même groupe politique que lui. Mais laissons ces messieurs à leurs querelles intestines...

Quand Monsieur Quénot nous parle des Sports, je l’écoute car je suppose qu’il s’y connaît, vu surtout les compétences affichées, mais la Culture, je vois bien que ce n’est pas dans son domaine de compétences. Il n’y a pas de mal à cela : les Sports et la Culture sont deux domaines distincts. N’y a-t-il pas en France deux ministères, celui des Sports et celui de la Culture ? Lorsque des équipes de spécialistes au sein de la DRAC étudient en Commission l’intérêt d’une procédure de protection en faveur d’un monument, je suppose que ces gens savent de quoi ils parlent, je leur fais confiance.

"Déclasser ce bâtiment"

Il faudrait donc, selon notre homme, déclasser ce bâtiment et n’en conserver que le « fronton » (sic). Conserver le seul fronton ? Cela paraît difficile car un fronton est, selon la définition, un élément de forme triangulaire couronnant la façade d’un édifice. 

D’abord, dans ce gymnase, il n’y a pas de fronton au sens ordinaire du terme. En effet, un fronton repose sur un entablement, lequel s’appuie sur des colonnes. Rien de tout cela ici ou très partiellement. En effet, à Bry, l’architecte du gymnase, Théo Petit, a réinterprété le modèle d’une manière très personnelle tout en s’inscrivant dans le courant néoclassique de l’époque, si bien qu’il n’y a qu’une ébauche d’entablement. Mais tout ceci passe bien au dessus de la tête de notre expert... Et quand bien même ce serait un fronton ordinaire, il serait bien étrange de voir un couronnement détaché de ce qui le soutient... Il tiendrait donc en l’air ? Notre expert a peut-être la solution... Mais il serait plus simple pour lui de convenir qu’il a voulu dire « façade » et non « fronton » ! C’est grave ? Non, mais chacun son métier.

En réalité, et notre élu n’en dit pas un mot, le plus remarquable dans ce monument, c’est son espace intérieur, sa structure métallique dans la lignée d’Eiffel, la seule restée in situ datant de cette époque. Nous n’allons pas reprendre ici ce que nous avons déjà dit ailleurs. Il suffira de se reporter à notre étude de 2009, ou bien à la notice parue dans l’ouvrage sur le patrimoine de Bry-Champigny de 2007, sans oublier un article de février 2009 dans « la Vie à Bry » justement... Ce ne sont donc pas les sources d’information qui manquent.


Autrement dit, le moins que l’on puisse demander à cet « expert », c’est qu’il sache à peu près de quoi on parle, et quand il ne le sait pas, qu’il s’informe...

Victor Hugo, au secours !

Le vandalisme est de retour ! Dans un article resté célèbre, intitulé « Guerre aux démolisseurs », datant de 1832 et paru dans la Revue des Deux Mondes, le grand écrivain ne disait-il pas déjà que l’ignorance et la brutalité débordaient, que se méditait partout la destruction de quelque monument historique : « chaque jour quelque vieux souvenir de la France s’en va avec la pierre sur laquelle il était écrit ». [...]
Et Victor Hugo de décrire la séance à la mairie : « Dix ou douze conseillers municipaux mettent en délibération la destruction du monument... les bonnes raisons pleuvent ... les dévastateurs ne manquent jamais de prétextes... et tout est dit, le bâtiment est condamné ». Et son résultat : « ses sculptures se brisent sur le pavé ; son flanc s’éventre, son profil s’ébrèche. Pour le jeter bas, il a suffit d’une plume d’un conseil municipal du vingtième ordre ! »


Le mot « vandalisme » surprend-t-il ici ? 
Il est pourtant tout à fait indiqué, explique l’auteur des Misérables : 
« C’est plus ou c’est moins, c’est peu ou c’est beaucoup, c’est petit ou c’est grand, mais c’est toujours et partout du vandalisme ». 
Et de prophétiser dans son indignation : « On apprendra quelque jour sans surprise qu’ils démolissent leur belle cathédrale pour une halle aux grains ! » Mais Victor Hugo n’a même pas osé imaginer qu’un ex-édile puisse demander la démolition d’un édifice inscrit au patrimoine au profit d’un terrain pour parquer des véhicules ! Voilà pourtant où nous en sommes... Et dire que dans son article ce monsieur ose appeler ça du « bon sens » !

Aujourd'hui
Deux siècles ont aujourd'hui passé. Il y a désormais un ministère de la Culture, des DRAC, des journées du Patrimoine, des émissions telles que « Des racines et des ailes » ou « Le monument préféré des Français », qui toutes popularisent l’idée de l’importance de notre Patrimoine.
Le combat continue pourtant. Surtout de nos jours. Il n’est pas possible d’écrire à longueur de pages sur les destructions des bouddhas de Bâmiyân en Afghanistan, sur la ville antique de Palmyre en Syrie, et de tolérer dans notre vieil hexagone des atteintes, médiocres, à nos monuments protégés.
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Voyez ce livre qui illustre notre article. Il est épais, 1190 pages. Faut-il donc lui ajouter une page destinée à Bry-sur-Marne ? Par exemple dans la rubrique « Répertoire chronologique des monuments détruits ou mutilés »? [c’est le cas ici avec le soi-disant fronton] ou bien et en l’honneur de notre personnage : « Au pilori des vandales – XXIème siècle » ? Ou encore dans le chapitre intitulé « Le vandalisme municipal – le massacre des banlieues » ?
 
Tout cela n’est pas sans conséquences. Dans le cadre de la mise en place prochaine des nouvelles institutions du Grand Paris, il semble que le gouvernement ait envisagé d’ôter un certain nombre de pouvoirs d’urbanisme aux élus locaux.
On était au départ tenté de le regretter. Vu la nature du triste débat auquel on nous oblige ici et la médiocrité de certaines attitudes, cela finit par se comprendre.

          Le 21 novembre 2015 

Extraits de notre "Lettre de l'Association" n°29 - novembre 2015, distribée à nos adhérents.                                                                                                                               
Emmanuel Copin,
                                                                                                               Professeur agrégé d’Histoire et de Géographie,
Certification en Histoire de l’Art.
Diplôme de 3ème cycle de l’Ecole du Louvre,
DEA d’Histoire contemporaine,
Licence d’Histoire de l’Art.