5.- Des projets immobiliers de grande ampleur

L'actualité est dominée par les projets immobiliers de grande ampleur qui bouleversent tous les quartiers de notre ville. D'où cet article un peu particulier, entièrement consacré à la place du logement social dans notre ville. Nous voulons proposer des alternatives même si nous avons peu de chance de convaincre nos élus. Cette présente lettre a donc pour seule ambition de vous informer afin que vous puissiez vous forger une opinion.

ENCORE UNE CONSÉQUENCE DU PLAN LOCAL D'URBANISME DE NOTRE VILLE :

LE « 99 QUAI FERBER » OU L'ART DE FAIRE TENIR 20 LOGEMENTS SUR 800 M2 DE TERRAIN !

Un projet municipal.
Le 4 novembre dernier, une réunion d'information se tenait en mairie à l'initiative de la municipalité afin de présenter aux riverains du quai Louis Ferber un nouveau projet de construction d'H.L.M. par le groupe immobilier 3F. Deux de nos adhérents, concernés par ce projet, nous en avaient averti et nous avaient proposé d'y assister. De par ses statuts, notre association a pour objet, entre autres, l'urbanisme à Bry ; il est clair que notre place se trouve auprès de tous ceux qui en manifestent le besoin, quel que soit le quartier qu'ils habitent.

Devant le fait accompli.
Sans attendre, et parce qu'elle n'avait sans doute apparemment rien de plus pressé, la municipalité, qui avait préempté le terrain prévu pour cette opération immobilière, avait fait abattre tous les arbres qui s'étendaient face à la rivière. Parallèlement, un entrefilet, que n'ont pu apercevoir que les lecteurs les plus assidus de notre journal municipal « La vie à Bry », annonçait, dans sa livraison de décembre 2008, en bas de la page 4, sous le titre « logement », que « la Ville allait acquérir la propriété sise 99 quai Ferber au titre de réserve foncière pour la réalisation éventuelle de quelques logements locatifs aidés ». Derrière ce langage codé, il faut comprendre tout simplement « H.L.M. ». Et puis, aucune nouvelle jusqu'au jour de la réunion du 4 novembre. La réalisation « éventuelle » était devenue réalité.

Un cas d'école.
« Quelques logements » disait l'entrefilet : nous apprenions à la réunion qu'il était prévu en réalité la réalisation de vingt logements sociaux sur cette parcelle de 800 m2 seulement. Médusée, l'assistance prenait connaissance de la construction projetée de deux ensembles, l'un derrière l'autre, le premier face à la Marne sur cinq niveaux et le deuxième sur six niveaux en fond de parcelle pour « tenir » le talus, comme ils disent..., le premier niveau étant occupé par un long parking aux dimensions de la parcelle afin d'y contenir 20 voitures, c'est-à-dire une voiture par logement seulement, le tout entièrement en zone inondable. Au dessus, les logements, en majorité des T2, pour loger un maximum de familles.

Une réunion houleuse.
M. le maire s'était fait excuser, laissant à M. Roblin, premier maire adjoint, le soin de piloter la réunion. L'immobilière 3F était représentée par 3 personnes ; l'architecte est arrivé trop tard pour pouvoir expliquer son projet. A vrai dire, les riverains étaient peu désireux d'obtenir des détails techniques sur l'opération, n'ayant pas vocation à y résider. L'assistance était composée de Bryards habitant essentiellement dans les deux résidences voisines du projet et dans les quelques maisons encore préservées sur ce quai situé face à l'île d'Amour, donnant à ces bords de Marne un aspect particulièrement bucolique.

De nombreuses questions sans réponses.
Pourquoi avoir choisi cet emplacement alors que l'immobilière 3F a déjà construit un important programme d'H.L.M. à peu de distance, au 61 quai Ferber ? Lequel s'ajoute aux réalisations massives sur l'avenue du Général Leclerc, justement dans ce même quartier « Ferber-Leclerc », c'est le nom que lui donne la Ville dans son découpage interne des quartiers de Bry. N'oublions pas que le 99 quai Ferber se trouve à deux pas du grand ensemble H.L.M. de Champigny que l'on aperçoit à la pointe de cette avenue.
Dans la réalisation projetée, il n'est pas prévu assez de places de parking. Ce quai étroit est déjà saturé. A cet emplacement excentré par rapport à la ligne A du R.E.R., beaucoup de familles auront besoin d'une deuxième voiture. Au surplus, le dimanche, le quai est fermé tout près, au niveau de Champigny. Les automobilistes qui s'aventurent dans cette impasse se voient imposer des demi-tours problématiques, et tous les panneaux du monde, comme celui qui existe déjà, ne les dissuaderont pas de venir déranger les promeneurs.
Est-ce judicieux d'accentuer à cet endroit le bétonnage des rives puisque ce type d'urbanisation conduit à l'apparition de « fronts » comme les fronts de Seine ou les fronts de mer déjà suffisamment décriés ? Il serait temps dans notre ville de prendre en compte l'environnement dans le paysage urbain !
Nouveaux temps, nouvelles mœurs : Un des riverains présents à la réunion a rappelé qu'il y a quelques années, la mairie lui avait refusé une modeste extension de sa maison. Et on lui avait même précisé : « Hé oui, pas même une cabane de jardin » ! La prise de conscience du risque inondation qui a accompagné un temps l'élaboration du P.P.R.I. semble avoir aujourd'hui perdu de son acuité puisqu'on peut maintenant bâtir au même endroit un programme aussi massif !
L'ensemble projeté disposant d'une issue par derrière sur le chemin du Moulin de Bry, la question de la sécurité des abords se pose, car cette rue piétonnière, située à la limite des deux communes, est comme souvent en ce cas, surveillée par personne.

Un P.P.R.I. pour rien ?
Le secteur est classé en zone inondable orange foncé par le Plan de prévention du risque inondation, c'est-à-dire en zone à aléas forts ou très forts (submersions supérieures à un mètre). On côtoie la zone rouge ou zone située en grand écoulement. Et cela n'empêche pas des projets de ce type qui conduisent à la surdensification du secteur ? A quoi bon dans ces conditions avoir élaboré en l'an 2000 ce plan, le P.P.R.I., puisqu'il n'empêche pas les excès d'urbanisation ? Quand surviendront les crues, on se demandera devant son poste de télévision : « Mais comment ont-ils pu ? ». Et voilà que nous multiplions les problèmes d'évacuation des personnes dont on aura pris soin d'augmenter le nombre ?

Ce qu'on ne vous dit pas.
Toute cette fièvre de constructions sociales à Bry nous est présentée comme une urgence absolue, comme si la règle des 20% de logements sociaux, voulue par la loi S.R.U., cette loi relative à la « solidarité et au renouvellement urbains », devait être atteinte immédiatement. Ce n'est pas vrai. Le législateur n'a pas voulu qu'on construise n'importe où et n'importe comment, dans la panique. On ne vous parle jamais à Bry des « objectifs triennaux » qui ont justement pour but d'harmoniser et répartir l'effort nécessaire. Nous avons rappelé dans une lettre que nous éditons, que Bry, avant même l'emballement que nous connaissons actuellement, avait déjà largement satisfait à ses obligations dans ce domaine : sur la période triennale 2002-2004, 89 logements ont été mis en chantier, alors qu'on ne nous en demandait que 78. C'est maintenant par centaines (260 précisément) que sortent de terre les logements sociaux. Le choix de la municipalité d'abandonner en 2006 l'ancien POS pour un PLU beaucoup plus permissif a permis cette accélération. La loi S.R.U. n'a jamais justifié cette boulimie.

Le livre des records.
Bry peut y prétendre. En effet, notre ville a obtenu le label de « ville dynamique » réservé au petit club des communes qui construisent le plus de logements sociaux. Seules 13 communes du Val-de-Marne (sur les 47 que compte le département) l'ont obtenu. Mais ce n'est pas tout. Parmi ces 13 communes, Bry se place au 4ème rang pour la vigueur de ses constructions et obtient ainsi une subvention de 555 895 € afin de pouvoir multiplier les mises en chantier de logements sociaux. En effet, une croissance de 19,5% suffisait pour obtenir le label, nous atteignons 42% de hausse ! Quel exploit !

Nous et les autres.
Comprenons-nous bien. Il faut de la mixité. La loi S.R.U. est une bonne loi. On ne peut pas abandonner des banlieues entières à des conditions de vie déplorables du fait de la structure de leurs populations et qui cumulent tous les handicaps, tandis que se tiendraient frileusement à l'écart des communes nanties et égoïstes. Mais nous ne voudrions pas, nous, petite ville de 15 000 habitants, supporter tout le poids du fardeau alors que des communes voisines, beaucoup plus peuplées que la nôtre, ne font que la moitié ou le quart de leurs « objectifs triennaux » ...

Pourquoi délaisse-t-on à Bry le logement social intermédiaire ?
L'étude de la ventilation entre les différentes sortes de social met en lumière, une fois de plus, le positionnement atypique de notre ville. Nos édiles privilégient des formes de social extrêmes : le locatif « PLUS » (1) dans lequel 70% des logements sont attribués à des ménages ne disposant pas de ressources et le « PLAI » (2) destiné aux ménages qui cumulent des difficultés économiques et sociales. Tout cela part d'un bon sentiment, tout le monde en conviendra, mais que doit-on faire comme politique à Bry-sur-Marne ? Une politique pour notre ville ou une politique pour le département ?
Il existe un équilibre plus sage, mieux adapté à nos besoins. Il faudrait donc pour cela prendre en compte d'autres formes de social également reconnues par la loi S.R.U. et donc tout aussi valables pour atteindre l'objectif des 20% : le « PLS » (3) par exemple, ou le « PLI » (4) qui réserve l'accès des logements aux ménages modestes mais disposant de ressources. Certains Bryards restent dans l'attente d'un logement social mais aucune place ne se libère, faute d'offre adaptée... Il existe encore d'autres formes de logements sociaux, celles de l'ANAH par exemple, acquisition et amélioration de biens existants, d'autant plus que sur la ville de Bry, 3% du parc privé se révèle indigne. Sans compter les possibilités offertes par le 1% patronal. Pourquoi délaisser complètement ces créneaux ? Trop compliqué ? Trop qualitatif ? C'est sûr, la rénovation-bulldozer va plus vite et permet de faire du chiffre, et de s'en vanter. Personne n'y regardera de si près...

Retour à ce projet quai Ferber.
Sur ces 20 logements, le préfet en disposera de 6 pour les attribuer à des familles non-Bryardes à reloger d'urgence. Le reste sera dévolu au titre des dispositions du locatif « PLUS ». L'assemblée a demandé solennellement à la municipalité de renoncer à ce projet. La réponse a été qu'il n'en était pas question, tout étant sur les rails. À quoi bon alors avoir organisé cette réunion ?

Nos réflexions.
Cet emballement du rythme des constructions de logements sociaux est-il ce qu'il faut à notre ville ? Des formes plus douces et tenant compte de notre image ne sont-ils pas préférables ? Bry ressemblera-t-elle bientôt à une « ville nouvelle » ?
L'on s'étonne aussi que cette politique révolutionnaire soit mise en place par un maire élu sur une liste conservatrice. Comprenne qui pourra.

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(1) PLUS : « Plan locatif à usage social » au nombre de 84 sur les 89 sortis de terre à Bry entre 2002 et 2004.
(2) PLAI : « Prêt locatif aidé d'insertion ». 5 sur les 89 ci-dessus.
(3) PLS : « Prêt locatif social ». 0 sur les 89 ci-dessus. Par contre, 86 à Nogent, 22 au Perreux ou à Saint-Maur, 47 à Vincennes pour prendre des villes de profil sociologiquement comparable à celui de Bry.
(4) PLI : « Programme locatif intermédiaire ». 0 encore à Bry. Et de même pour les autres catégories, telle l'ANAH.

Le bureau, 7 novembre 2009.

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