6.- "Vandalisme" : le mot et la chose

Naturellement, il ne s'agit pas de décrire les méfaits de ces hordes sauvages qui agressent les abribus ou qui saccagent les devantures des magasins...
Le mot désigne avant tout la destruction de monuments ayant un caractère artistique ou auxquels s'attachent des souvenirs historiques. C'est ce que nous voulons développer ici.

UN OUVRAGE DE RÉFÉRENCE

Il existe dans les librairies un livre paru dans la collection "Bouquins" chez Robert Laffont. Son titre : "Histoire du Vandalisme". Sous-titre : "Les monuments détruits de l'art français", de Louis Réau, de l'Institut. La 1ère édition, de 1958, avait été depuis longtemps épuisée et le besoin d'une réédition se faisait sentir, pour couvrir -hélas- le vandalisme qui n'a pas manqué de sévir pendant la 5ème république. Nous la devons à Michel Fleury, de l'Ecole pratique des Hautes Etudes et à Guy-Michel Leproux, du CNRS, en 1994.

La lecture des 1216 pages de cet ouvrage, au format compact comme le savent les habitués de cette collection, ne nous épargne aucun des méfaits des démolisseurs de tout poil et de leurs tortueuses manoeuvres... C'en est même déprimant.

LE MOT ET LA CHOSE
D'abord le mot "vandalisme" lui-même. Il date de 1794, époque des destructions révolutionnaires. On le doit au célèbre abbé Grégoire, le défenseur des Noirs (abolition de l'esclavage) et des Juifs (droits civils et politiques), évêque de Blois et député à la Convention, pendant la Révolution française. Un personnage historique de tout premier plan , en somme.
Il avait adressé à cette assemblée, la Convention, trois "rapports sur les destructions opérées par le vandalisme et sur le moyen de les réprimer". C'était sous la Terreur. Il y dénoncait les saccages de son temps au risque de déplaire aux puissants, ce qui ne manquait de courage, attendu l'usage qu'ils faisaient de la guillotine...

Après le mot, tentons une approche de la chose. Le vandalisme est inspiré par la volonté de détruire par fanatisme (les iconoclastes huguenots des guerres de Religion ou de nos jours les Bouddhas géants de Bamiyan en Afghanistan détruits en 2001), ou part une cupidité généralement dissimulée par une ignorance volontaire.

N'allons pas croire qu'il s'agit là de pratiques révolues et que, grâce à la prise de conscience de l'importance du rôle du patrimoine, le vandalisme ait peu à peu disparu ! Hélas non, et la partie consacrée au vandalisme des années 1958-1993 occupent la bagatelle de 139 pages dans le livre. Bénéficiant de la force mécanique des engins de chantier et de l'apparition d'un nouvel acteur économique, le promoteur , les destructions s'accélèrent pendant cette période. C'est la grande époque du massacre des banlieues, leur enlaidissement s'accompagnant de la destruction de leur patrimoine ancien, sous la responsabilité, parfois, des décideurs locaux. Il y a des exemples assez édifiants dans l'ouvrage, nous y renvoyons les lecteurs.

Quinze ans ont passé depuis la réédition du livre, mais visiblement nous en sommes encore là à Bry-sur-Marne...

DES RAISONS D'ESPÉRER
Certains se placent heureusement parmi les défenseurs du patrimoine et montrent par leur exemple qu'il ne faut pas désespérer et qu'un peu de volontarisme est possible.
Ainsi l'ancien député-maire de Nogent-sur-Marne, Roland Nungesser, sauveur d'un des pavillons de Baltard, anciennement aux Halles à Paris, qu'il a fait déplacer comme l'on sait et qui, intelligemment réutilisé, est devenu l'une des attractions de cette ville. C'est le seul pavillon à avoir survécu en France. A ce titre, Roland Nungesser figure au "tableau d'honneur de quelques défenseurs du patrimoine" dressé dans l'ouvrage.

ET NOUS ?
Sauver les monuments eux-mêmes est une chose, préserver leur environnement immédiat est une autre. Ici, à Bry, la grande et ancienne villa de la Place du Parc pour laquelle nous nous sommes si longtemps battus, s'inscrivait dans un cadre exceptionnel, son parc. Il fallait en faire un jardin public. La notion de respect de site aurait trouvé là une magnifique illustration.
Plus prosaïquement, conserver les monuments anciens est en réalité un bon calcul économique car la beauté paie : "Les monuments sont des capitaux", disait Victor Hugo en 1832 dans son combat contre la tristement célèbre "Bande noire". C'est un fait : les monuments font affluer les passants et les curieux; ils apportent un renom à la ville et renforcent son attractivité, d'où des recettes supplémentaires pour les commerces et pour la collectivité. Mais pour cela, il faut déjouer les calculs financiers des spéculateurs et la cupidité...

Alors, vandalisme ou pas ? Pour le savoir, posons-nous une simple question : le projet destiné à se substituer au monument détruit, en l'occurrence trois petits collectifs de haut standing, d'une architecture de partout et de nulle part, apporte-il un progrès lorsqu'il a pour effet de détruire un espace vert de 4000 m2, le dernier du quartier, et de raser une villa très pittoresque et de surcroît la dernière grande villa de Bry ?

En attendant sa démolition, fenêtres grandes ouvertes, elle semblait une invite aux pillards.

Si vous trouvez que cette démolition est un gâchis, surtout pour bétonner à la place, rendez-vous à la rubrique "adhésions".

Emmanuel Copin, d'après un article paru en avril 2008,
relecture du 24 septembre 2010.

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DISPARITIONS SILENCIEUSES

Encore une villa de caractère que vous ne verrez plus...
Elle a été démolie pour laisser place à un programme immobilier banal.
On aperçoit les colombages qui lui donnaient un aspect rustique.
Où était-ce? A la limite entre Bry et Champigny, tout près de l'accès à l'autoroute A 4. L'entrée se faisait par le chemin du Moulin de Bry.

Ce n'est pas parce que cette maison ne figure pas dans la liste des demeures repérées par les services du Patrimoine de la Région qu'il faut les laisser démolir.
A quand une politique de prévention plus attentive à ces témoins essentiels de notre histoire ?
Il faut que la municipalité inscrive au PLU les maisons de caractère les plus remarquables de notre ville afin d'empêcher leur disparition, c'est le seul moyen.
Il y a aussi les AVAP qui remplacent depuis mars 2012 les ZPPAUP.
Là encore, la mairie doit prendre ses responsabilités et arrêter de laisser-faire sous prétexte de liberté. Car c'est la politique du renard libre dans le poulailler libre. Nous assistons tous les jours au massacre des belles demeures.

On espère qu'à l'approche des élections municipales de 2014 les équipes y réfléchissent, au delà des petites tactiques de campagne...

Emmanuel Copin, 16 nov. 2012

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