7.- Que penser du monstre ?

Le Grand Paris remis en perspective

Les transports en commun parisiens ont accumulé un important retard qui fait l'objet d'une soudaine prise de conscience. C'est un peu tard. Il est facile maintenant d'incriminer le "tout automobile", cette politique qui a absorbé pendant des décennies l'essentiel de l'effort budgétaire et de s'en indigner, comme nous l'avons entendu. Les conditions éprouvantes des déplacements dans la région parisienne montrent combien les décideurs ont jusqu'à présent fait fausse route (sans jeu de mots). C'est donc un gigantesque effort d'aménagement du territoire qui est attendu de l'Etat et des collectivités locales autour du projet du Grand Paris, lancé en 2007. Rattraper le temps perdu en quelque sorte... Le pourront-ils ? Avant de répondre à cette question, il semble utile de faire le point sur les ambitions du Grand Paris.

Il faut bien se rendre compte que cette volonté de faire de Paris une ville mondiale, dans le but avoué de concurrencer Londres, tourne le dos à des décennies de combat mené, au contraire, en faveur d'un rééquilibrage du territoire français. Le déséquilibre entre Paris et la province ne date pas d'hier. C'est même depuis des siècles une caractéristique de notre pays, marqué par une puissante centralisation. L'agglomération parisienne est devenue aujourd'hui cette mégapole immense qui compte dix millions d'habitants, et même douze avec ses espaces périurbains de plus en plus étendus. D'où le constat de "Paris et le désert français", pour reprendre le titre provocant d'un ouvrage célèbre, datant de 1947. Il faut bien se rendre à l'évidence : Paris a comme stérilisé la vie provinciale, telle une pompe aspirante. D'où les décisions de créer des régions en France en 1955 et de décentraliser le territoire en 1982. Des progrès ont été réalisés dans le sens d'un rééquilibrage, au point de parler d'une "revanche du Sud", pour reprendre le titre d'un autre ouvrage paru en 1987.
Et voilà que tout change avec le projet du Grand Paris... avec à la clef recentralisation du territoire par augmentation du poids déjà excessif de la capitale et donc accentuation de son hypertrophie. Outre le fait que cela peut indisposer la province de voir la plupart des investissements revenir sur la seule région parisienne, et donc freiner la mise en valeur des régions, cela ne nous arrange guère à Bry.
Car cela revient à voir le nombre d'habitants croître encore et toujours, et assister à l'envol du prix des logements, tant en location qu'à l'achat, et, pour refermer la boucle, en matière de déplacements, voyager dans des conditions encore plus dégradées, en précisément dans les transports en commun.

E.C. 12 mai 2012

OÙ EN EST LE CDT ?

On se souvient encore de l'enquête publique concernant le projet de Contrat de développement territorial des Boucles de la Marne, et qui s'était achevée en automne 2014. Le Rapport d'enquête de la Commission est paru. Nous vous mettons le lien pour que vous puissiez le parcourir. Mais pourquoi ne peut-on pas le trouver sur le site internet de la ville ? Pourquoi la revue locale "mairie" ne s'en est-elle jamais fait l'écho ?

CDT Rapport d'enquête

D'abord un rappel sur l'utilité d'un CDT

Pourquoi un CDT à Bry?
L'article 1er de la loi sur le Grand Paris de 2010 a mis en place en banlieue parisienne un nouvel outil d'urbanisme, les Contrats de développement territoriaux, autour des futures gares du nouveau réseau de transports (la ligne 15), principalement lorsque celles-ci sont implantées sur le territoire des « pôles économiques majeurs » ou « clusters » créés dans la foulée. C'est ainsi qu'en région parisienne ont été définis une dizaine de ces clusters, chacun étant dédié à un thème particulier. Notre cluster doit se développer autour du concept de « la Ville durable », avec pour locomotive la cité Descartes à Champs-sur-Marne. Il vise à regrouper les entreprises d'une même filière et de les mettre en réseau afin favoriser l'innovation dans ce domaine. Ce pôle économique majeur regroupe quatre CDT, couvrant l'espace situé entre Fontenay et Chelles. Le nôtre, le « CDT des Boucles de la Marne », regroupe les quatre communes de Bry, Champigny, Villiers et Chennevières.

La chaîne SDRIF - CDT - PLU
Les CDT (22 sont en cours de réalisation) traduisent à une échelle locale la réglementation du SDRIF ou schéma directeur de la région Ile-de-France publié tout récemment, en décembre 2013 et qui vise d'abord à organiser le Grand Paris. Notre CDT est donc un petit morceau du SDRIF pour lequel ont été précisés ses objectifs généraux, adaptés aux réalités locales. Les CDT équivalent aux Scot ou Schémas de cohérence territoriale nés en l'an 2000 et qui se sont multipliés partout, sauf en région parisienne. Comme le Scot , le CDT s'effectue sur un périmètre regroupant plusieurs communes et a pour but d'accélérer les procédures d'urbanisation. Il est très directif en ce sens qu'il coiffe les PLU locaux, lesquels ne devront plus seulement être compatibles, mais conformes à ses prescriptions. Ainsi, le PLU de Bry devra s'aligner prochainement sur les opérations figurant dans le CDT, avec toutes les contraintes que cela suppose.

Pour prendre connaissance du projet du CDT lui-même

Cela encore est introuvable sur le site de la Ville. Cliquez donc sur le bouton ci-après :

CDT Boucles de la Marne

Nos efforts

L'association s'est démenée, d'abord en étudiant l'ensemble du volumineux projet, puis en rencontrant à deux reprises la commissaire-enquêtrice, enfin en informant nos lecteurs par notre Lettre de l'association n°25.
Nos contributions ont été analysées par la Commission. Elles revêtent deux formes, la mention au registre lui-même tenu en mairie (n° 564 à 577) et les observations faites par mail (n°604 à 620). Seules celles-ci ont été reproduites in extenso dans le Rapport de la Commission. Nous ne saurions à l'avenir trop recommander l'utilisation de ce mode de participation.

En voici quelques unes, concernant d'abord la concertation et la communication :
"Accès au dossier :
Les contributions expriment la difficulté d'accès au dossier, non disponible sur les sites des Préfectures du 94 et région IDF, la difficulté à obtenir les documents sous forme informatique 
[contribution 604].
Il est noté que les sites du CG 94 et 94-citoyens.com offrent une vision assez complète des projets ( le texte du CDT, mais pas les autres documents du dossier). De plus, les sites des mairies ne proposent pas de lien vers le site comportant le dossier CDT [contribution 604].
Les contributeurs auraient souhaité avoir la possibilité de télécharger le dossier à partir du site de la mairie afin de rendre la consultation plus directe [contribution 604].
Enfin, la durée de l'enquête a été jugée trop courte, la moitié se situant pendant les vacances scolaires (en réalité 2 semaines sur 5 semaines : nous avons répondu qu'une partie du public est davantage disponible en ces périodes)" [contribution 604].

Incomplétude, illisibilité du dossier :
 A propos de la cartographie, le public estime que toutes les cartes du CDT et celles de l'évaluation environnementale sont jugées peu lisibles car trop petites, de ce fait il est difficile de localiser les projets donc de s'informer.
Sont évoqués spécifiquement : la carte illisible en p. 6, cadrée trop au sud, où la ville de Bry n'apparaît pas 
[contribution 606].
Le public estime dont ne pas pouvoir contrôler l'articulation SDRIF/CDT [contribution 606].
Une scorie « carte difficilement lisible » en p. 97 vient attester de l'illisibilité de la carte sans que celle-ci ait été modifiée et semble montrer que le dossier a été construit « à la va-vite et non relu » [contribution 606].

A propos des textes et fiches-action
D'une façon générale, le public estime que les lignes très générales du CDT ne permettent pas de faire des remarques pertinentes, que les fiches de projet sont indigentes comme la fiche n°23. Il est proposé de la supprimer. « Une allusion dans le titre II du CDT suffirait p. 110 », indique cet habitant 
[contribution 607].
Le public s'interroge enfin au sujet des fiches 5 et 25 [contribution 608]: s'agit-il d'une même résidence pour étudiants ?

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Résultat : la commission d'enquête reconnaît la validité de ces critiques :
La commission estime qu' un certain nombre d'observations émanant du public sont cohérentes, et les reprend à son compte.
Elle prend acte que

  • le porteur de projet estime que celui-ci mérite d'être amendé avant d'être présenté à la signature des élus.

Elle note que :

  • la mise en ligne du CDT a été tardive (le 20 octobre 2014), empêchant le public ne pouvant pas se déplacer physiquement aux heures d'ouverture des

mairies d'accéder au dossier.

  • le processus de concertation a été insuffisant car le public estime n'avoir pas pu prendre connaissance du projet en amont de l'enquête publique.
  • les documents mis à disposition étaient pour certains incomplets, illisibles, indéchiffrables, en particulier les documents graphiques. De plus, les erreurs

dans le texte et les informations contradictoires ont nui à la bonne compréhension du projet par le public et n'ont pas permis à celui-ci de se
positionner en raison de ces failles,

  • le calendrier des opérations et leur financement sont imprécis alors que le CDT est un document de programmation.

Bref pas brillant ! Et ce n'est que le début ...
Peut-être est-ce une des raisons du report ("sine die" pour reprendre les termes de notre maire, voir livraison de La Vie à Bry de juin)... de la signature officielle du CDT.

Le reste de ce Rapport a fait l'objet d'une étude écrite que nos adhérents ont reçue. C'est notre "Lettre de l'Association n°28"

En attendant, espérons que les décideurs politiques respecteront les conclusions de la commission... sinon les effets seront ravageurs pour l'idée que l'on se fait de la démocratie !


Emmanuel Copin, 2 septembre 2015

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GRANDS TRAVAUX : LE CHOC DE LA RIGUEUR

Ceci nous concerne à Bry...

On connaît la mauvaise habitude : faire d'abord et réfléchir après.
Ainsi on densifie d'abord et on voit si les transports en commun permettent d'acheminer tout ce surplus de monde après.

Mais il faut entretenir l'illusion. D'où ces bulletins de victoire ininterrompus de la part de nos dirigeants locaux prompts à nous présenter les nouvelles lignes du Grand Paris Express comme si c'était déjà fait... et particulièrement notre chance inouïe d'avoir devant notre porte (à ce qu'il paraît) la gare de "Bry-Villiers-Champigny". A ce propos, voir l'article du Parisien en cliquant sur ce lien.

Mais la rigueur est là, en tout cas pour l'instant... On ne sait pas combien de temps on la supportera, mais en attendant il faut bien voir par quoi cela se traduit, sans se cacher la réalité...

Par euphémisme, le gouvernement nous dit qu'il va "étaler" le projet des transports franciliens. En effet, comment faire autrement quand le premier milliard nécessaire n'est pas provisionné... [Le Monde du 7 octobre 2012]
Nos lecteurs le savent (notre lettre n°9 sur le Grand Paris) : la première fois que la construction d'une rocade nord a été annoncée (l'équivalent de l'Arc Est proche -en orange sur les cartes), celle qui va de Noisy-Champs à Saint-Denis, c'était en... 1960 !
Et sur cette ligne justement, coup de frein brutal : "la sous-évaluation des coûts est (...) évidente" nous dit-on au gouvernement...
A la place, on nous parle de "coup de fouet à l'amélioration des réseaux existants". Qu'on nous dise comment on améliore le transport sur une ligne (le RER A) déjà largement saturée...

Bref, puisque c'est financièrement hors de notre portée, le plus sage est de laisser tomber cette histoire sur-dimensionnée de Grand Paris, avec son cortège d'embouteillages et de mal logement. En effet, si on incite toute la France à venir à Paris, on ne s'étonnera pas que les réalisations d'infrastructures et que les mises en chantier soient insuffisantes... Elles le seront toujours !
Et qui cela intéresse finalement, à part les promoteurs et tous ceux qui gravitent autour ?

La France ne doit pas devenir "Paris et le désert français", selon la célèbre formule d'un géographe.

Rééquilibrons notre territoire à l'échelle du pays tout entier. Ne dévitalisons pas le reste de la France, ce sera plus sage et moins coûteux, puisqu'il faut faire des économies...

E. C., 8 octobre 2012

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QUEL EST LE PROBLÈME ?

La 9ème "Lettre de l'association" d'octobre 2010, intitulée "Bry et le Grand-Paris" faisait le point sur ce sujet.
Cet article partait du constat que la ligne du RER A est saturée. Alors, au lieu de densifier toujours plus notre ville, il serait logique d'attendre la mise en place de nouvelles lignes de transport en commun. On pourra ainsi être en mesure d'absorber les quantités croissantes d'usagers et les faire voyager dans des conditions décentes.
On apprenait également, du moins si par hasard on l'avait oublié, que Bry est déjà une ville dense, classée au 145ème rang national, sur les 36 570 communes que compte la France.
Ceci expliquant cela, nos espaces verts bryards, au lieu de couvrir 20 % du territoire comme dans la ville nouvelle de Marne-la-Vallée, n'en couvrent que... 3 %.
Emmanuel Copin, 10 octobre 2010

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BON A SAVOIR

Paru dans le journal "Le Monde" daté du 31 juillet 2010, cet extrait d'un discours prononcé la veille à Grenoble par l'ancien chef de l'Etat Nicolas Sarkozy avait été repris dans notre article sur "Bry et le Grand-Paris".
La dernière phrase de ce que vous pouvez lire ci-contre (c'est en italiques) tend à prouver que, n'en déplaise à nos élus locaux, tout n'est pas imposé de l'extérieur...

L'ancien président était connu pour son franc-parler, c'est parfois éclairant...
E. C.

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